Histoires

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Cafougnettes

À cette rubrique, à lire et à écouter, on trouve de tout : des blagues et de purs poèmes, de la rigolade, des discours, des hommages aux mineurs, des attendrissements, des moqueries, des émotions et des révoltes. Tout est sorti des pages noircies par Mousseron avec – trônant au centre, mais quelle allure ! – Zeph Cafougnette, mineur à Denain, frère des vantards du Sud ou des bravaches d’est en ouest, cousin très proche de Nasreddine Hodja, clown-philosophe de la culture musulmane dont on situe les origines en Turquie vers 1200. Même innocence, même naïveté frondeuse, le but n’est pas forcément de faire rire, mais de mieux comprendre et réfléchir.

La guerre de 14-18 au Pays Noir

Un air de la guerre : Les Boches au Pays Noir. Tout est parti de cette nouvelle année 14. Je souhaitais à chacun de ne pas la finir poilu, le récauffement en cours semblait m’appuyer. La curiosité m’a fait replonger dans Jules Mousseron, 46 ans en 1914, voir ce qu’il lui restait d’humour à Denain pendant l’occupation allemande. Entre humeur et humour, il y a un pas. L’auteur de Cafougnette signe en 1919 son titre glaçant Les Boches au Pays Noir. De son propre enfer on ne rit pas si bien que du malheur des autres, comme à c’ t’heure on aime rire, vous savez, de tout…

Le mot boche

L’envahisseur – ça vaut dans toutes les guerres – privilégie son gros ventre et ses appétits décuplés. Il n’aime pas qu’on ne l’aime pas, fait montre de sa discipline, de sa haute culture, mais à Denain pas de mystère : c’est les machines qu’il lorgne. Pour faire tourner l’industrie meurtrière de son pays, celle qui édifie ses fortunes en usines à canons et vous prépare des familles d’acier qui domineront l’Europe. On s’explique l’amère rancune de Jules et ses haines. Sa poésie s’échine à garder mémoire du quotidien, Mousseron signe pour les souffrances partagées. En 1914 ou 1916, personne ne savait où tout cela mènerait, sûrs ichi d’avoir été les premiers servis dans le grand désastre.

Les mots moches

Quelques horreurs plus tard, ce siècle nous a recommandé la réconciliation et souligné les mots qu’il ne fallait plus dire. Ceux comme boche qui font peur aux enfants pouvaient à la rigueur devenir des lapsus poilants dans la bouche des grands. Puis très longtemps après, dans un monde pacifié hypercommunicant, est apparue la question de savoir si on pouvait rire de tout alors que s’affirmer raciste ou antisémite demeurait un crime. Être anti-comique pouvait-il en être un autre ? Les deux bords s’affrontaient, au nom de la liberté, du fric et d’un droit général à la transgression.

Les beaux moches

J’en reviens à Mousseron – qui n’est pas un comique et se fichait des grosses recettes – il faut l’écouter tel qu’il est, avec ses plaies et ses boches. Il a gardé son innocence, amère et humble, il a délaissé l’bon Cafougnette. Trêve des grosses cavaleries : la délicatesse, même le maroilles en est capable. Alors, aux gros calibres du rire belliqueux : Repos, fermez-la !

Radio Cafougnette

L’archive est une noble cause. Et lorsqu’on est guidé par un gaillard comme Cafougnette, on n’a pas vraiment l’impression de se cantonner dans la nostalgie. Malgré tout, l’oreille aimerait retrouver le personnage dans les contextes actuels, moins caractérisés par le travail et l’industrie que par la communication et la vente. Les contes d’hier avec leurs personnages populaires ed’ not’coin ramènent au temps de la pérennité socialisante, ritualisée par les cérémonies et les fêtes. Nous avons l’impression de devoir composer des histoires pour décrire l’instabilité qui a pris place, ce présent où rien ne dure, chaque nouvelle balaie l’autre, chaque nouveau modèle déclasse le précédent, ne nous laissant comme initiative qu’une ultime mise à jour du logiciel.

Si certains tiennent le coup en répétant les vielles blagues inusables, ces petites chroniques au jour le jour enregistrées en 2006 pour France Bleu Nord constituent un Cahier décalé rassurant, une variation humoristique sur l’époque, affirmant le Nord et cette incapacité joyeuse à suivre la marche imposée. Retour à notre naïveté feinte : à défaut de comprendre et de se faire comprendre on peut toudis raconter des carabistoules. Ce n’est pas de la tchache, façon FM, pas du Rire et chansons, ne pas confondre, « des biaux parleux, in n’a d’jà de trop, ch’est pas ça qui nous faut nom de z’os, ch’est de l’langue ! » (Extrait du discours à Mossieu l’miniss).