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Jacques Bonnaffé et La Fanfare ont mis en scène et en musique des textes de Mousseron pour le spectacle Cafougnette et l' Défilé qui a sillonné la France pendant dix ans. Nous vous en livrons quelques uns, en ligne.
Alors ce patois vraiment quel est le plaisir ? Un pied de nez au vieux centralisme ? Le frisson à désassembler joyeusement ce qui mit tant de temps à s'unifier, « nostre belle langue de France » ? Oui, peut-être bien, mais le spectacle n'a pas prétendu pas à une défense d'un folklore, ni trop de revendications régionales. Revendique-t-on vraiment son identité, ses racines, alors qu'on sait d'abord qu'on est pas d'ailleurs et que la rocade de Lens ne sera jamais la baie des Anges, tant pis, tant mieux ? Cafougnette et l'défilé : tout l'art d'accordéonner les restes.
L'accent, la tournure ou l'intonation ne clament pas seulement l'appartenance. On lâche un peu la géographie pour l'histoire : s'expriment ici et se transmettent des marques ou des blessures. Entre rire et douleur l'accent grimace, le ch'ti mi, l'accent gênant, bosselé, tactile, chaleur et franchise, le picard n'écarte pas, il réunit. Il s'oppose et réunit. C'est d'abord un compte à régler aux remparts de la distinction, à la froideur. C'est une mémoire, c'est un corps. Du Pas-de-Calais aux Ardennes... Parler, c'est porter mémoire physique du travail. Ce qui vous tient, qui vous prend, qui vous lie. L'industrie laborieuse, licencieuse... ceux qui l'ont fait ne se taisent pas... La voix garde mémoire.
Jacques Bonnaffé